
Le 23 janvier, la presse a publié une carte blanche de notre co-chargé de mission Jan Goossens. Il y défend une conviction qui est au cœur de Molenbeek for Brussels 2030 : Bruxelles ne se relèvera pas uniquement par des réformes techniques ou budgétaires, mais par un projet culturel capable de rassembler ses habitants.
Cette tribune exprime la vision qui guide notre travail depuis le lancement de MB2030 : faire de la culture un levier de cohésion, d’imagination et de transformation urbaine. Nous la partageons ici comme contribution au débat public, à un moment crucial pour l’avenir de notre région.
Dans les mois qui viennent, MB2030 poursuivra ce travail à travers des laboratoires citoyens, des créations artistiques et des partenariats internationaux. Parce que Bruxelles a besoin de réformes, mais aussi de rêves partagés.
Lisez la tribune:
Aucun stratège, technocrate ou communautariste ne sauvera Bruxelles
Publié dans La Libre Belgique le 29/01/2026
Comment parvenir à devenir ensemble la “meilleure version de nous-mêmes” : une petite ville-monde qui ose prendre son destin en main ? Nous avons besoin d’audacieux capables d’assainir et de réformer, mais aussi de relier et d’inviter à rêver.
Un instant, nous avons cru pouvoir nourrir de l’espoir à Bruxelles. Nos responsables politiques allaient-ils enfin nous offrir une perspective d’avenir ? Voyait-on se dessiner une “coalition of the willing” qui, affranchie des vétos et des calculs, oserait choisir l’intérêt général des Bruxelloises et Bruxellois ? Pour celles et ceux qui, ces dernières décennies, ont œuvré ici dans le secteur culturel et la société civile, cela ressemblait à un immense soulagement. Comment parvenir à devenir ensemble la “meilleure version de nous-mêmes” : une petite ville-monde qui ose prendre son destin en main ? Fière de ce qui fonctionne, lucide dans ses choix de changement indispensables. Le potentiel inexploité de Bruxelles reste immense. Mais sans une vision urbaine et culturelle qui ne s’enferme pas dans une seule communauté ni dans des différences communautaires, nous ne réaliserons jamais ce potentiel.
L’espoir et le soulagement ont été de courte durée. L’impasse politique se prolonge. Pour de nombreux Bruxellois, elle se traduit dans leur chair : emplois qui disparaissent, remboursements qui entraînent dans la spirale de l’endettement, familles abandonnées. Aucun politicien, parti ou niveau de pouvoir n’en porte seul la responsabilité.
Un projet réfléchi et fédérateur
Il ne s’agit pas non plus de nier l’existence de questions fondamentales à l’origine de cette impasse. L’évolution de notre budget est insoutenable. Notre organisation institutionnelle et notre système électoral doivent être adaptés aux besoins de gouvernance métropolitaine et aux évolutions démographiques. Cela exige des assainissements rigoureux et des ajustements intelligents – donc du courage politique et de la détermination. Quelqu’un croit-il encore vraiment que nous retrouverons une ville sûre et propre, avec des logements abordables et une mobilité saine, si aucune conclusion ferme n’est tirée du chaos actuel ? Former “un” gouvernement, quel qu’il soit, ne suffira pas : Bruxelles a besoin d’un projet de société mûrement réfléchi et fédérateur.
En réalité, c’est là que le bât a toujours blessé. Depuis juin 2024, il n’a jamais été question d’un projet urbain ambitieux. Les invectives et les insultes ont fusé sans retenue. Il faut sans doute être l’un des querelleurs pour ignorer l’image pitoyable que l’on finit par donner à toute une ville. Qui s’intéresse encore à ces chamailleries ? Le débat a ensuite porté sur la réorganisation institutionnelle, l’assainissement financier, le retour aux missions essentielles. Tout cela est nécessaire.
Convaincre le plus grand nombre
Mais une ville-monde de plus d’un million d’habitants, où l’on parle plus de cent langues, dont beaucoup sont très pauvres et quelques-uns extrêmement riches, ce n’est ni une entreprise ni un parc d’attractions. “Le peuple bruxellois”, ce sont bien plus que des travailleurs ou des consommateurs. Ce peuple incarne une extrême diversité sociale, culturelle, politique et religieuse. Comment convaincre le plus grand nombre de tirer ensemble la même charrette bruxelloise ? Nous ne partageons pas une histoire commune : comment, dès lors, construire un avenir ? Ce n’est pas une question molle posée par des âmes sensibles issues du secteur culturel. Sous tous les rafistolages technocratiques nécessaires, c’est la question la plus fondamentale pour une Bruxelles vivable. Voulons-nous vraiment davantage de fragmentation et de polarisation, avec toutes les dérives violentes possibles ? Ou voulons-nous donner à tous les Bruxellois – des couples dynamiques à deux revenus aux brillants euro-expatriés et aux artistes innovants venus du monde entier, jusqu’aux nouveaux arrivants fragiles mais créatifs et travailleurs – de bonnes raisons de rester ici ? Alors, il faut certes remettre de l’ordre, mais aussi poser les fondations culturelles d’un défi qui nous élève collectivement. Sans cela, beaucoup de Bruxellois dont nous avons cruellement besoin feront leurs valises. C’est d’ailleurs déjà en cours.
Depuis un an et demi, de nombreux projets culturels et sociaux qui “font” Bruxelles au quotidien et la rendent vivable malgré tout se retrouvent en eaux très difficiles. D’autres ont été broyés par la machine politique, comme Molenbeek for Brussels 2030, la candidature au titre de Capitale européenne de la culture. Bien sûr, Louvain avait un bon projet, mais prétendre que cette candidature était aussi urgente et nécessaire que celle de Molenbeek, et que Molenbeek n’aurait pas gagné même avec un gouvernement bruxellois de plein exercice, relève d’un cynisme absurde. Dès lors, laisser durer l’impasse ou faire un grand nettoyage peut, dans les deux cas, signifier qu’il n’y a plus de place pour l’imagination urbaine. La justification est vite formulée, mais elle est faible : “la culture n’est pas une compétence essentielle bruxelloise”, “il n’y a pas d’argent”, “les communautés en font déjà assez” (alors qu’elles continuent à travailler côte à côte comme si “l’autre” n’existait pas), et “il faut déjà maintenir Kanal en vie”. Or, une institution ne fait pas une politique culturelle. Aucune des deux communautés ne pense sa politique à partir de Bruxelles.
Une question de viabilité
Le dernier quart de siècle, depuis Bruxelles 2000, a amplement démontré que des dynamiques culturelles de long terme améliorent qualitativement le vivre-ensemble à Bruxelles et lui donnent du sens. Les États généraux de la société civile bruxelloise, l’accord culturel entre plus de cent organisations culturelles, la Zinneke Parade, la collaboration entre de grandes institutions bruxelloises comme le KVS, le Théâtre National, la Monnaie et Bozar, des structures bicommunautaires comme Flagey et le KunstenFestivaldesArts ne sont pas des événements tape-à-l’œil, ils ont profondément et positivement transformé Bruxelles. La Région de Bruxelles-Capitale en a rarement été le moteur principal, mais un partenaire engagé. À une époque de polarisation identitaire, tout cela ne peut pas finir à la poubelle.
Bruxelles a besoin de plus qu’un gouvernement de technocrates ou d’une simple unité régionale. Bruxelles appelle des audacieux capables d’assainir et de réformer, mais aussi de relier et d’inviter à rêver. Dans tous les scénarios, cela suppose une politique culturelle bruxelloise à part entière, nourrie par le riche réseau de partenaires culturels et sociaux de toute taille. Peu importe qui dirige ces projets : il ne s’agit pas de postes, mais de la viabilité pour notre ville. Sans politique culturelle, Bruxelles continuera de se fragiliser. Le 22 mars marquera les dix ans des attentats terroristes, conçus depuis Molenbeek, qui ont déchiré notre ville. C’est précisément depuis Molenbeek, et par la culture, que nous devons montrer que le vivre-ensemble à Bruxelles et en Europe peut prendre une autre voie.
– Jan Goossens, co-chargé de mission, Molenbeek for Brussels 2030
Sources: Aucun stratège, technocrate ou communautariste ne sauvera Bruxelles – La Libre
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